“Un homme n’est jamais aussi grand que lorsqu’il se courbe pour aider un enfant” (Pythagore)
Chers frères et soeurs en Christ
Nous avons partagé l'enthousiasme de Pierre quand il professait sa foi dans le Christ, Fils du Dieu vivant. Mais c'était une foi qui avait encore beaucoup à apprendre sur les chemins déroutants de Dieu, sur sa façon de voir et de mener son projet de salut. Nous disions alors que Simon, tout en restant la "pierre" dont Jésus se servira pour fonder sa communauté des croyants, devient immédiatement "Satan" s'il s'ajuste à la lâcheté de la "chair" et à l'orgueil qui consiste à prendre le Père pour un adversaire ou un ennemi, un obstacle à notre bonheur. Tout semble pourtant démontrer, au rythme de l’histoire, que tout le mal qui survient dans le monde provient de l’orgueil humain et de notre esprit de contestation et d’indifférence. Voilà pourquoi, après avoir rabroué son meilleur ami, Jésus répète l'annonce de sa mort, pour s'assurer que tous ceux qui le suivent savent ce qui les attend. Mais ce n'est pas tant pour les effrayer que pour manifester sans détours sa propre humilité, son obéissance sa douceur, sa disponibilité à accepter de nous sauver même si cela consistait à affronter le pire. Pour nous, il le fera. Docilité, voilà le mot. Le prophète l'avait dit: comme un agneau que l'on conduit à l'abattoir... L'image est suffisamment éloquente. Comme d'habitude, nous devons tout de suite prendre position, pour ou contre Jésus et sa méthode pour sauver. La première fois, il avait dit qu'il serait rejeté par les trois catégories du Sanhédrin. Cette fois, il dit qu'il sera livré aux "hommes". Il nous sera livré. C'est nous qui décidons de son sort. Chaque jour, en toute chose. Et pour nous réitérer son désir de nous faire comprendre son amour infini, il se désigne ici par son titre préféré: Le Fils de l'Homme. Jean nous l'avait dit depuis ses tout premiers versets: "il est venu chez les siens" (Jn 1), en grec, le texte dit qu'il est venu vers ce qui lui était le plus cher, le plus précieux, le plus intime, le trésor le plus précieux de son coeur. Nous. En écoutant la première lecture, du livre de la Sagesse, on comprend pourquoi malgré un amour si total et si... fou, nous finissons tout de meme par l'assassiner ou par le mettre aujourd'hui entre parenthèses. Devant le défi de la réponse humaine à l'appel de Dieu, il y a toujours cette lutte et ce combat que les "impies" vouent au "juste", à l'ami de Dieu. Selon la lecture, le "juste" est fils de Dieu et les impies sont ceux qui, directement ou indirectement, veulent sa peau, pour le mettre à l'épreuve, pour tenter "son" Dieu et voir s'il vient défendre sa cause, mais aussi parce que la vérité blesse. Un homme juste, un jeune réglo, une fille correcte, ça dérange, ça met certains comportements en discussion. C'est parfaitement en ligne avec ce que nous raconte l'évangile, avec la vie de Jésus.
Chers frères et soeurs en Christ
Nous avons partagé l'enthousiasme de Pierre quand il professait sa foi dans le Christ, Fils du Dieu vivant. Mais c'était une foi qui avait encore beaucoup à apprendre sur les chemins déroutants de Dieu, sur sa façon de voir et de mener son projet de salut. Nous disions alors que Simon, tout en restant la "pierre" dont Jésus se servira pour fonder sa communauté des croyants, devient immédiatement "Satan" s'il s'ajuste à la lâcheté de la "chair" et à l'orgueil qui consiste à prendre le Père pour un adversaire ou un ennemi, un obstacle à notre bonheur. Tout semble pourtant démontrer, au rythme de l’histoire, que tout le mal qui survient dans le monde provient de l’orgueil humain et de notre esprit de contestation et d’indifférence. Voilà pourquoi, après avoir rabroué son meilleur ami, Jésus répète l'annonce de sa mort, pour s'assurer que tous ceux qui le suivent savent ce qui les attend. Mais ce n'est pas tant pour les effrayer que pour manifester sans détours sa propre humilité, son obéissance sa douceur, sa disponibilité à accepter de nous sauver même si cela consistait à affronter le pire. Pour nous, il le fera. Docilité, voilà le mot. Le prophète l'avait dit: comme un agneau que l'on conduit à l'abattoir... L'image est suffisamment éloquente. Comme d'habitude, nous devons tout de suite prendre position, pour ou contre Jésus et sa méthode pour sauver. La première fois, il avait dit qu'il serait rejeté par les trois catégories du Sanhédrin. Cette fois, il dit qu'il sera livré aux "hommes". Il nous sera livré. C'est nous qui décidons de son sort. Chaque jour, en toute chose. Et pour nous réitérer son désir de nous faire comprendre son amour infini, il se désigne ici par son titre préféré: Le Fils de l'Homme. Jean nous l'avait dit depuis ses tout premiers versets: "il est venu chez les siens" (Jn 1), en grec, le texte dit qu'il est venu vers ce qui lui était le plus cher, le plus précieux, le plus intime, le trésor le plus précieux de son coeur. Nous. En écoutant la première lecture, du livre de la Sagesse, on comprend pourquoi malgré un amour si total et si... fou, nous finissons tout de meme par l'assassiner ou par le mettre aujourd'hui entre parenthèses. Devant le défi de la réponse humaine à l'appel de Dieu, il y a toujours cette lutte et ce combat que les "impies" vouent au "juste", à l'ami de Dieu. Selon la lecture, le "juste" est fils de Dieu et les impies sont ceux qui, directement ou indirectement, veulent sa peau, pour le mettre à l'épreuve, pour tenter "son" Dieu et voir s'il vient défendre sa cause, mais aussi parce que la vérité blesse. Un homme juste, un jeune réglo, une fille correcte, ça dérange, ça met certains comportements en discussion. C'est parfaitement en ligne avec ce que nous raconte l'évangile, avec la vie de Jésus.
L'ombre de la mort plane désormais sur la vie de Jésus, alors même que le texte nous situe en Galilée, donc bien loin de Jérusalem. Malgré la distance, on perçoit que la pensée de Jésus est dirigée vers cette cité sainte, vers ses chefs religieux auxquels il va être livré, ainsi qu'aux hommes qui, d'abord, l'acclameront (Hosanna, c'est-à-dire viens à notre secours, Fils de David) et, ensuite, seront poussés à réclamer sa mort. A distance, Jésus crache la vérité à ses amis, et cela lui permet aussi d'extérioser un peu de l'angoisse qu'il éprouve face à une fin tragique qu'il pressentait. Cette expression était suffisamment claire pour les disciples. Trop claire peut-être pour susciter des questions ultérieures. A quoi d'autre fallait-il s'attendre? Jésus était bon, il voulait le bien de tous, il prêchait l'égalité entre tous devant Dieu, et offrait une seconde chance à ceux et celles qui figuraient dans les listes noires des gens corrects. Conséquence: il n'avait pas que des amis. On le savait bien. La Vérité, comme disait la Sagesse, engendre la haine. Personne n'était donc véritablement surpris d'entendre dire qu'on voulait se débarrasser de Jésus. On constate d'ailleurs que ses proches ne se le font pas dire deux fois: il commencent à prendre des dispositions pour l'après-Jésus. C'est un beau mécanisme de défense de penser à après quand on n'a pas assez d'étoffe pour affronter l'échéance qu'on redoute. Mais saint Marc nous dit que les disciples ne comprenaient pas ces paroles; cela doit donc être une allusion à la seconde partie de la phrase: ... après trois jours, il ressuscitera. M'enfin! Etre réellement tué et puis ressusciter d'entre les morts? Alors ils détournent leur attention sélective de ce "jamais vu", et se fixent sur la mort de Jésus et sur les dispositions immédiates pour leur propre survie. Quand quelqu'un meurt, dans le groupe des apôtres comme dans nos familles, avant même d'avoir tout mis en oeuvre pour le sauver, on commence à se déchirer et à s'entretuer pour l'après, pour l'héritage et sur les positions à occuper, sur la gestion de l'espace virtuellement laissé vacant, un poste d'autant plus précieux que le futur défunt n'est pas n'importe qui: c'est le Fils de l'Homme, pour ne pas dire l'Homme dans sa filiation divine parfaite.
Au milieu de tout ce discours sur la grandeur, l'évangile nous offre une double allusion aux enfants. Quand Jésus parle de l'enfant, il l'isole toujours du milieu environnant. On le voit qui bénit et embrasse les enfants (Mc 9,39; 10,16; Mt 19,15), mais sur ses lèvres, on ne trouve jamais une seule parole qui leur soit adressée. On dirait qu'il ne manifeste aucune préoccupation de les voir en relation à leur milieu de vie et à leur famille. Comme s'il avait confiance, tout simplement. Il les bénit, ou les appelle pour les poser en exemple pour son enseignement révolutionnaire. Pour servir et entrer dans le Royaume de Dieu, il faut se convertir et devenir comme des enfants (Mt 18,3). En lien avec cet enseignement nouveau, nous savons aujourd'hui que celui ou celle qui se trouve dans le droit d'être servi (l'enfant, par exemple) est plutôt appelé à servir. L'enfant devient alors dans cet évangile le symbole du renversement du grand qui se fait petit et de celui qui pourrait se faire servir, mais qui se met à genoux pour laver les pieds, soigner les blessures, donner un verre d'eau. La grandeur se reconnaît ainsi à la capacité de rester égal à soi-même et, si possible, proche des petits, habituellement pour les élever, les restituer à leur véritable valeur aux yeux de leur Créateur qui nous les confie.
La présence de Dieu, dans l'histoire, est étroitement liée à ce renversement. Voilà pourquoi l'une des conséquences de l'Incarnation consiste à reconnaître dans le serviteur et dans l'enfant Celui qui nous les a confiés ou envoyés (Mc 9,37). Ainsi donc lorsque tu accueilles un petit, tu prends sur toi bien plus que sa petitesse: tu ouvres la porte à la grandeur, à la magnificence de Celui dont ils sont signes visibles. C'est aussi à cause de ce renversement que les damnés du jugement dernier, chez Matthieu, ne se souviennent pas d’avoir offensé ou négligé la présence du Christ au milieu d'eux chaque jour: "Mais quand donc t'avons-nous vu affamé, nu, prisonnier, prostituée, immigré, orphelin, veuf... et t'avons tourné le dos?" Et la réponse dramatique, c'est qu'il se cachait - ou plutôt se révélait - chaque jour à travers les "petits" (Mt 25,44-45). C'est chaque jour que nous risquons d'ignorer le Fils qui a assumé la condition d'esclave (Ph 2,7) et a toujours choisi de servir (Mc 10,45; Rm 15,8). Le premier grand serviteur c'est toujours Jésus lui-même, qui s'est fait petit, et a accepté de laver les pieds à tous ses amis, y compris à Judas. Mais bien que ce commandement de servir, puisqu'il est une facette du verbe aimer, soit lié au jugement dernier (Mt 25,31-46), il ne saurait justifier l'existence de la souffrance et du mal dont la deuxième lecture nous a parlé. Ce mal reste mal, dans la mesure où il n'est que fruit de la méchanceté humaine et de l'instinct. "D'où viennent les guerres, d'où viennent les conflits entre vous ?" La réponse tourne autour de la jalousie, l'esprit de contestation, l'envie, les désirs incontrolés. Celui qui "possède" - ou qui est possédé par - ces passions sans les dominer ne peut porter que les fruits que nous connaissons trop bien. On dirait d'ailleurs que l'Apôtre situe cette méchanceté et cet orgueil humain en continuité avec la force dominatrice de l'instinct, contraire à une éducation à la fois rationnelle et authentiquement religieuse. Lisons les deux derniers versets: "N'est-ce pas justement de tous ces instincts qui mènent leur combat en vous-mêmes ? Vous êtes pleins de convoitises et vous n'obtenez rien, alors vous tuez ; vous êtes jaloux et vous n'arrivez pas à vos fins, alors vous entrez en conflit et vous faites la guerre.Vous n'obtenez rien parce que vous ne priez pas ; vous priez, mais vous ne recevez rien parce que votre prière est mauvaise : vous demandez des richesses pour satisfaire vos instincts" (Jc 4, 1b-3). L'appel à servir, à prendre la dernière place, qui ne saurait encourager ni se résigner à la violence; il en exprime plutôt fortement le scandale, et propose un chemin supérieur et préventif pour la vaincre. C'est peut-être aussi dans ce sens que l'enfant représente un peu une figure proche de celle de Job. L'enfant généralement n'est pas ni "bon" ni méchant; et pourtant il se trouve habituellement dans une situation de souffrance qui est pour tous (pour les hommes comme pour Dieu) la plus scandaleuse et la plus injustifiable.
Alors derrière tout ce discours, c'est Dieu et sa présence qui cherchent à faire face à la souffrance humaine. Devant la souffrance d'un enfant (et de tout disciple qui accepte de devenir comme un enfant), Dieu ne peut pas s'ètre retiré dans son ciel. Quand Jésus, entre deux annonces de sa mort prochaine, embrasse et bénit les enfants, veut probablement s'unir à leur fragilité, à leur souffrance, et à l'avenir qui sommeille en eux et s'épanouira demain. Il nous reste cependant une question douloureuse, sur l'économie du salut, celle de savoir ce que Jésus a èprouvé hier quand les "puissants" et leur idéologie transportaient des centaines d'enfants dans les camps de la mort, et ce qu'il éprouve encore aujourd'hui à chaque fois que "l'un de ces petits qui sont les siens" est éliminé, usé ou abusé par nous, les grandes et les grands d'aujourd'hui. "Leurs anges dans les cieux contemplent sans cesse la face de mon Père".
Références bibliques: Sg 2,17-20 - 1Jc 3,16-4,3 - Mc 9, 30-37 (cf. 25e dimanche B)
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