Chers amis, la parole de Dieu, ce dimanche, nous informe, si nous avons oublié le véritable rapport entre le l'Église et le Royaume de Dieu, que la communauté chrétienne n'est pas une secte, ne devrait jamais l’être, car alors elle cesserait ipso facto d’en appeler à Celui qui est mort pour “tous”, et qui prétendait avoir des “brebis hors de son enclos” . Entre le risque de la confusion dans laquelle toutes les religions se vaudraient, et le défi auquel font face les téméraires qui osent croire encor au dialogue interreligieux, les paroles du Christ exigent de rejeter toute étroitesse d'esprit, toute tentation de fermeture qui nous a souvent fait croire que nous étions dépositaires de la vérité absolue, gardiens de toute bonté et de toute vertu. Ce que nous disons concerne le catholique, le chrétien, le croyant, chacun de nous dans ses moments de fierté relative aussi bien à la religion qu’à l’intégrité morale. En répondant à l'inquiétude jalouse et scandalisée d’un jeune disciple, l'un des deux frères ambitieux qui avaient une fois déposél leur dossier pour être les bras droits du Christ dans le royaume, Jésus nous donne un secret qui nous aide aujourd'hui plus que jamais à changer de regard sur les autres : « Celui qui n’est pas contre nous est pour nous” (Marc 9,45) : tous ceux qui agissent d'un coeur droit, qui respectent et aident les “petits”, qui font des efforts sincères pour ne pas scandaliser ceux qui les regardent, implicitement ou explicitement sont nos alliés et nos collaborateurs dans la construction du Royaume de Dieu. Saint Jean dirait: “Celui qui est dans la vérité est de Dieu” (Jean 18,37). L’évangile se termine d’ailleurs par des préceptes qui reviennent un peu sur le traitement réservé aux petits – entendus littéralement mais aussi dans le sens de la petitesse et la précarité de la vie du disciple missionnaire – , préceptes qui indiquent aussi une série de mesures à prendre pour ne pas scandaliser, “embrouiller” ou décourager ceux et celles qui, comme nous, sont à la recherche du salut. Sur ce chemin-là, notre “délivre-nous du mal” se traduit aussi par notre capacité de faire taire nos élans inférieurs et, d’une certaine façon, emputer les membres ou les tendances qui risquent de nous perdre et de fermer la porte du ciel à ceux que nous devrions au contraire encourager. Cela pose à chacun un problème simple mais fondamental: comment il se sert de ses yeux, de ses mains, de son coeur, se son coeur, de sa vie. Comme nous allons le voir en revenant sur les deux points de force de l’évangile, tenter d’empêcher quelqu’un qui agit au nom du Christ est aussi grave que désorienter un jeune ou un enfant dont les convictions religieuses et morales sont encore fragiles.
L'actualité de cet enseignement nous saute aux yeux alors même que les questions autour du dialogue entre les religions, entre la foi et le bon sens, suscitent autant de rencontres que de prises de position, des craintes et des espoirs sur l'avenir de l'humanité, de la religion, de la science, etc. N'oublions pas non plus l'influence que recèle la déchristianisation graduelle de certaines mentalités occidentales, laquelle fait tant de bruit que certains de nos frères chrétiens finissent par se sentir à tort ou à raison comme une minorité ou une espèce en voie de disparition. La tentation est alors de se renfermer dans le ghetto de petites communautés, de courir après de petites expériences d'une religiosité d’intimité, à la limite, ou à la merci, de l'ésotérisme. Sans le savoir, opter pour un tel retrait c’est avoir peur du dialogue et de la rencontre avec un monde qui semble de plus en plus incapable de comprendre même les notions de base de la foi chrétienne, peu disposé qu’il est à accueillir l'évangile. Et ce n’est pas ni notre démission, ni notre intransigeance, qui l’aideront à sauvegarder ne fût-ce qu’une certaine rationnalité, une sagesse minimale pour continuer d’exister. Jésus nous met en garde contre cette mentalité de l'exclusion, fondée sur les critères d'être ou ne pas être "des nôtres"; il nous invite à choisir comme remède contre ce sectarisme la redécouverte de la catholicité de l'Église, l'édification d'un coeur ouvert sur le monde et d'une âme sans frontières. La liturgie de la parole nous aide à méditer sur les deux dangers de la jalousie (selon la première lecture), et la revendication de l'exclusivité et du monopole sur la religion (l'évangile).
La jalousie
La première lecture, qui nous vient du livre des Nombres (11, 25-29) nous raconte un épisode où se manifeste la maturité, la foi et la bonté de Moïse par rapport aux réticences et aux préjugés de ses proches collaborateurs. Conscient de ne plus être capable de “porter tout seul le poids du peuple”, il convoque sous sa tente 70 anciens parmi les plus respectables du camp, avec dans son coeur le désir – tant recherché de nos jours - de partager son pouvoir politique et religieux. Deux de ces anciens convoqués ne répondent pas à l'appel et restent tranquillement au quartier. Ils se comporteront cependant comme s'ils avaient été investis d'autorité et se mettront eux aussi à prophétiser. C'est alors que quelqu'un court avertir Josué, qui s'indigne aussitôt et demande à Moïse d'empêcher que les absentéistes partagent le pouvoir, comme les autres. Remarquons que celui qui a fait l'espion est un jeune. Il est encore à un âge où prévalent l'intransigeance innée et la recherche d'une justice humaine facile et immédiate. Les Écritures nous font part de la colère de Josué, tout en nous rappelant cependant qu'il était au service de Moïse “depuis son jeune âge”. Mais cette autre référence à la jeunesse, contrairement à celle qui dénote une certaine étroitesse d'esprit, nous fait supposer que Josué avait eu tout le temps de connaître en profondeur les sentiments et les intentions de Moïse. Malheureusement il se manifeste intransigeant lui aussi et dit: « Moïse, mon maître, arrête-les ! » On comprend bien que “mon maître” ici a une connotation exclusive, déjà suffisamment vexée par le fait que les autres 68 aient pris un peu du pouvoir de “son” maître à moi. C'est alors que Moïse révèle à son jeune disciple la passion coupable qui motive son ardeur : « Es-tu jaloux pour moi... » Une réponse ironique. C’est Moïse qui devrait justement s’offenser. Mais il essaie de dire à son petit: écoute, ta réaction, mon vieux, démontre la jalousie de ton jeune coeur; là tu ne penses qu'à soi-même, sincèrement. Tu ne penses qu’au rôle, à la responsabilité peut-être, à l'autorité auquel tu aspirais tout le temps. Il faut que apprennes qu’en ce qui concerne les choses de Dieu, il est dangereux, sinon illusoire, de posséder, de s’attacher aveuglément.
Nous apprenons ainsi que tout charisme est un don de Dieu à qui il veut, quand il veut. Et Moïse fait preuve d'une grande dignité et prévoyance: “Ah ! Si le Seigneur pouvait mettre son esprit sur eux, pour faire de tout son peuple un peuple de prophètes », un souhait qui sera réalisé plus tard, le jour de la Pentecôte, quelques semaines après la victoire du Christ sur la mort.
Mes frères, nous sommes invités à examiner notre capacité d'ouverture pour voir si au fond, notre regard et nos attitudes ne sont pas souvent déterminés par la jalousie, la peur de perdre quelque privilège, quelque poste dans nos paroisses ou dans la société, peur de perdre ce ou celui que nous retenons comme un droit, un bien personnel, “à moi”, “à nous”. Le fait d'être devenus fils de Dieu par le baptême ne nous a jamais mis en position de supériorité par rapport à ceux et celles qui ne l’ont pas reçu, par rapport à nos frères et soeurs des autres religions non plus. Au contraire, si privilè il y a, les dons et les grâces de notre foi nous rendent responsable envers les autres, nous appellent, et nous condamnent peut-être, à nous mettre à leur service si nous prenons ces dons au sérieux.
Nous apprenons ainsi que tout charisme est un don de Dieu à qui il veut, quand il veut. Et Moïse fait preuve d'une grande dignité et prévoyance: “Ah ! Si le Seigneur pouvait mettre son esprit sur eux, pour faire de tout son peuple un peuple de prophètes », un souhait qui sera réalisé plus tard, le jour de la Pentecôte, quelques semaines après la victoire du Christ sur la mort.
Mes frères, nous sommes invités à examiner notre capacité d'ouverture pour voir si au fond, notre regard et nos attitudes ne sont pas souvent déterminés par la jalousie, la peur de perdre quelque privilège, quelque poste dans nos paroisses ou dans la société, peur de perdre ce ou celui que nous retenons comme un droit, un bien personnel, “à moi”, “à nous”. Le fait d'être devenus fils de Dieu par le baptême ne nous a jamais mis en position de supériorité par rapport à ceux et celles qui ne l’ont pas reçu, par rapport à nos frères et soeurs des autres religions non plus. Au contraire, si privilè il y a, les dons et les grâces de notre foi nous rendent responsable envers les autres, nous appellent, et nous condamnent peut-être, à nous mettre à leur service si nous prenons ces dons au sérieux.
Le sectarisme
Dans le passage évangélique de dimanche (Marc 9,38-40), Jésus répond à une réaction de Jean, une réaction qui nous rappelle de façon surprenante celle du jeune espion de la première lecture et surtout celle d’un Josué irrité et inquiet. Jean était probablement le plus jeune, mais aussi l’ami le plus intime du Maître. Comme Josué l’était de Moïse, à peu près. Il ne trouve pas normal qu'un inconnu, étranger à leur groupe, chasse les démons au nom de Jésus. Mais pour qui se prend-il donc, cet exorciste imposteur? Il faut qu’on l’arrête, ou même qu’on lui donne une leçon exemplaire. Il y a trop de sympathisants peureux autour de nous, trop de tricheur aussi... C'est la seule fois où Jean comparait comme personnage secondaire – deuteragoniste, dit-on -dans l'évangile de Marc. Au chapitre trois (v. 17) quand Marc faisait la liste des Douze, il nous avait déjà dit quelque chose sur le caractère de ce jeune apôtre. On comprend pourquoi Jésus les a surnommés – lui et son frère Jacques - « fils du tonnerre” (). Certains pensent que Jean, probablement en compagnie de son frère, suffisamment mûr pour laisser tomber la question, avaient rencontré dans leur ministère un exorciste, un disciple de Jean-Baptiste peut-être, qui avait appris à chasser les démons comme le faisaient les disciples de Jésus. On peut supposer qu’il utilisait une formule qui contenait le nom de Jésus, sans cependant se joindre au groupe, se mettre ouvertement à l'école du nouveau prophète de Nazareth. Et apparemment la formule était bonne, et ça marchait. La réaction de Jean est compréhensible. C’est du succès triché! Comment celui-là peut-il chasser les démons au nom de Jésus sans être des nôtres? Ce même épisode se trouve chez Luc (9,49) sans cependant reporter les paroles: « Il n'était pas l'un des nôtres ». Marc est plus attentif à cette motivation, aux dangers du sens d'appartenance qui devient exclusion. Pour gens, il faut appartenir au groupe pour pouvoir se servir licitement du nom de Jésus. C'est pourquoi le jeune disciple ferait toutpour empêcher ce qu'il croit être un abus, une usurpation. À bien y réfléchir, la situation semble un peu ridicule : comment prétend-il empêcher une pratique qui semble pourtant efficace c'est-à-dire exaucée par Dieu? Si notre but et notre mission consistent à libérer l’homme, et que cette formule fonctionne, pourquoi faut-il l'abandonner? Pourquoi faut-il l'interdire?
Et voici que Jésus repousse la mentalité mesquine et égoïste du “fils du tonnerre” : Il faut savoir ce qui est vraiment en ta faveur, il faut savoir reconnaitre ses partenaires dans un champ de bataille. Sinon, c’est la catastrophe. En concret, cela nous dit que celui qui invoque sincèrement le nom de Jésus dans sa prière, dans ses guérisons, ses intercessions ou son exorcisme, implicitement ou explicitement reconnaît l'autorité et la puissance qui sont à l'oeuvre en Jésus, ce qui suppose, comme Jésus le confirme, qu’il ne se laissera pas facilement porter à médire de lui, à le renier, à bafouer aussitôt après ce “nom” ou Celui de Dieu, comme l’interdit la deuxième “parole” du Décalogue (). Bien que cet exorciste externe n'ait pas encore la foi des disciples et leur préparation pastorale, son agir manifeste déjà la vénération et le respect envers Jésus ainsi que toutes ses bonnes intentions qu'un regard jaloux, habituellement, refuse de voir et de connaître. Jean n'a pas tenu compte de cette prédisposition dans sa tentative d'interdiction, mais s'est limité à observer l'apparence, et à s’en tenir aux étiquettes qui tuent la fraternité : « Tu n'es pas l'un des nôtres ». Il a été aveugle à la vérité, à la substance des choses – et de la personne -, à ce qu'il y avait de plus beau et de commun dans l'autre c'est-à-dire aussi entre l’autre et lui-même. Il n'a pas su reconnaître la beauté de sa propre mission dans miroir de “l'autre” et son “autrement” pareil.
Nous devrons reconnaître nous aussi, quand nous serons dans une situation analogue, que nous n'avons pas le monopole de l'évangile, que nous ne sommes pas les propriétaires de Dieu. Certaines personnes qui ne connaissent pas l'évangile peuvent souvent en être plus proches que nous chrétiens, qui nous vantons de le connaître, d'être engagés, voire consacrés, mais qui nous en éloignons parfois à la force de nos infidélités, des nos orgueils et de nos myopies spirituelles. L'évangile n'admet jamais aucune exclusivité. Il n'existe pas de monopole du témoignage parce que “l'Esprit Saint souffle où il veut, tu entends sa voix, certes, mais tu ne sais ni d’où il vient, ni où il mène. Il en est ainsi de celui ou celle qui est né de l'Esprit” (Jn 3,8). Chers amis, nous ne devons pas nos lasser de faire du bien et d’encourager ceux qui y croient, comme nous. C’est toujours “ensemble”, les autres et nous, que nous sommes appelés à rester attentifs aux signes que nous fait l’Esprit. Sous son action, nos préjugés, notre peur de l’autre et notre jalousie cèdent la place à un élan aussi fort que l’amour de ce Père de tous les élans qui a tant de bénédictions et des grâces pour ses fils qui attendent. À l'école de Moïse et de Jésus, nous pourrions faire preuve de noblesse et de grandeur tout d’abord en nous faisant humbles devant la mission que Dieu nous confie : comme eux, admettons que nous ne pouvons pas nous en sortir tout seuls, que nous avons besoin des autres et de tous les autres. À la fois reconnaître nos limites et, devant la bonne volonté des autres, rester ouverts et optimistes. C'est la paix du coeur et la confiance filiale qui nous habiteront si nous renonçons à cette jalousie spirituelle et à cette présomption de posséder la vérité, attitudes qui ferment notre coeur à nos frères et, en définitive, à Dieu lui-même ainsi qu'à l'action de son Esprit. Prions afin que notre effort soit plutôt celui de la collaboration entre tous les hommes et toutes les femmes de bonne volonté, de quelque religion, de quelque culture, de quelque idéologie qu'ils soient. Personne, dit-on, n’est si démuni et si pauvre qu'il n'ait rien du tout à apporter à la construction du Royaume.
Que l'Esprit-Saint nous apprenne à apprécier, à estimer et à accueillir la vérité et le bien semés en tout et en tous, et finalement ainsi devenir vraiment « catholiques » c'est-à-dire hommes et femmes universelles. Pour nous Salésiens, comme ces textes ont leurs implications pédagogiques aussi, voilà ce que Don Bosco nous a enseigné: croire qu’en chaque “autre”, en chaque jeune même le plus intransigeant, jaloux, borné ou récalcitrant, il y a toujours un point disponible au bien. Il faut de l’art, de la patience et surtout de la foi, pour se mettre à le chercher, ensemble. Cela est impossible à moins d’établir avant tout un “pont” d’amour (amorevolezza) avec l’autre et, d’une certaine façon, de reconnaître dans le regard et les balbutiements de l’autre notre propre histoire et notre marche à la suite du Christ pour qui tout ètre humain devient “l’un des nôtres”.
26ème Dimanche du Temps Ordinaire (B)
Première lecture : Nb 11, 25-29 L'Esprit de Dieu souffle où il veut
Psaume : Ps 18, 8, 10, 12-13, 14 R/ La loi du Seigneur est joie pour le coeur
Deuxième lecture : Jc 5, 1-6 Contre la richesse Evangile : Mc 9, 38-43.45.47-48.
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