La puissance de la prière
L'Évangile nous a récemment enseigné l'importance de la foi et le devoir de la gratitude. Cette fois, il nous donne un autre enseignement au sujet de la prière. Pour le faire, le Christ nous raconte une parabole qui se situe dans la section du voyage de Jésus vers Jérusalem – où lui-même va accomplir la justice et exaucer notre besoin de salut - , parabole du juge inique et de la veuve importune. Tout de suite le texte précise que la parabole est sur la nécessité de prier sans relâche.
Cette parabole ainsi que celle qui suivra – celle du pharisien et du publicain, traitent de la prière sous des points de vue différents. La parabole du juge inique qui fait justice à la femme pour ne plus être importuné correspond dans sa pensée fondamentale à la parabole de l'ami importun (Lc 11,5-8) et met en évidence la puissance de la prière de pétition ou de demande. La pensée fondamentale de la parabole est celle-ci: les disciples doivent prier, toujours, et ne pas se décourager si l'exaucement de leurs prières se fait attendre. Jésus l'exprime avec l’adverbe « toujours » qui veut dire ici « pour tout ce qui vous tient à cœur »: l'expression « ne pas se lasser » signifie ne jamais douter de la force de la prière. De n’importe quelle prière, parce que Dieu, dit Jésus, sait de quoi nous avons besoin et ne s'arrête pas sur l'opportunité, la formulation ou les modalités de notre prière. Heureusement pour nous ! Pour mettre en évidence cet enseignement, il prend un cas de la vie quotidienne; l'image du juge tracée par le texte n'est pas un cas exceptionnellement méchant mais le type de juge auquel on était habitué au temps de Jésus. La veuve se trouve impliquée dans un procès et demande au juge une sentence qui lui rende justice: le juge ne pense pas répondre à la prière d'une personne seule et faible; son soliloque dévoile bien ses sentiments; en fin de compte il se résout à l'exaucer, non pour un sens de justice mais simplement parce que l'insistance de la femme l'importune.
« Et Dieu ne fera-t-il pas justice à ses élus qui crient vers lui jour et nuit ? est-ce qu'il les fera attendre? Je vous dis qu'il leur fera justice promptement». Cet enseignement opère une déduction du plus petit au plus grand, c'est-à-dire du juge inique à Dieu. Le personnage principal de la parabole n'est pas la veuve orante, mais le juge lui-même. Il est comparé à Dieu (Mais quelle différence !). Le point culminant de la parabole ne se situe pas dans l'obstination de la prière, mais dans la certitude de l'exaucement. Saint Luc ne nous dit pas comment nous devons nous comporter dans la prière de pétition vis-à-vis de Dieu, mais comment Dieu se conduit face à nos prières. Si un homme méchant et irrespectueux comme ce juge, en plus par simple égoïsme et exaspération, exauce la prière d’une pauvre femme sans défense, combien plus volontiers le Dieu Créateur et « Abba » exaucera-il les cris de ses fils sur toute la terre ! L'hésitation de Dieu est apparente; son aide ne nous fera jamais défaut ; il nous fera justice, c’est-à-dire qu’il écoutera et écoute toujours nos prières. Tel est le sens de la «vengeance » de Dieu, l'exaucement final, synonyme de justice et miséricorde tout à la fois. La vengeance de Dieu n'a rien à voir avec la nôtre, toujours imprégnée de rancune, de méchanceté et d'exclusion de toute possibilité de pardon. De toute façon Dieu ne peut pas rester sourd devant les demandes et les besoins de l’homme, mais à nos prières il ne peut donner que de bonnes choses. « Bonnes » selon Lui.
Cela dit, nous pourrions tirer quelques orientations sur l'exaucement de nos prières et sur notre attitude et nos motivations quand, et si, nous prions. Dans notre vie quotidienne, beaucoup d'aspects dépendent des autres : des juges, des supérieurs, de nos ministres et de nos pasteurs, des parents ou des partenaires, de nos enfants et de nos ami(e)s, qui ne nous comprennent pas toujours. Il y a cependant une chose que nous pouvons faire, sans rien dépenser, puisqu’on s’habitue malheureusement à tout acheter ou vendre : nous pouvons prier. Ce n’est pas peu de choses. Considérons cela comme avoir un téléphone qui fonctionne à merveille, avec du crédit en permanence, sur réseau jour et nuit. Le Seigneur comprend bien notre langue, même nos balbutiements : il interprète les rêves de celui ou celle qui ne peut pas parler, il voit dans le secret de chaque coeur, et déchiffre la source et la raison de nos larmes. Il prend à coeur la pauvreté de tous et de chacun. Prier c’est dialoguer avec le Seigneur, sans se lasser, non pas pour dicter : « Seigneur, vite, fais ceci, fais cela… », mais plutôt sincèrement : « Mon Dieu, je compte sur toi, sans toi je ne suis rien, je n’ai que toi, tu es ma raison de vivre ». Prier c’est donner la main à celui que l’on aime; et regarder vers l’avant. Prier c’est croire en l’avenir, même dans la nuit de nos impossibles; c’est oser encore tenter quand tout en nous en a marre. C’est ouvrir notre coeur et se savoir écouté, aimé. « Se savoir écouté, aimé » ne signifie pas que l'autre doive faire toujours, seulement et immédiatement ce que nous voulons. Cette précision vaut soit pour les parents, nos supérieurs, les professeurs, soit pour Dieu. Quand un enfant pleure, la maman comprend ce qu’il lui faut, c'est pareil pour le médecin qui décide de ce qu’il doit administrer au malade et pas vice versa! Mais, une chose est certaine: celui qui prie Dieu le trouve toujours prêt, jamais distrait, jamais occupé ailleurs, jamais las de nous entendre, jamais en colère, jamais avec une sentence sur nos péchés passés. Raison de plus pour dire avec plus de conviction et de joie le Notre Père par exemple, ou rejoindre Marie dans son Magnificat qui est aussi le nôtre. Prier avec insistance, car la prière est une question de vie ou de mort. Prier comme Moïse soutenu par ses frères, intercéder pour notre peuple, parce qu'une prière égoïste ne monte pas vers de Dieu, à moins qu'il la transforme, Lui, en charité.
Est-ce que je crois vraiment que le Seigneur m'écoute ? Est-ce que je lui ouvre vraiment mon coeur avec confiance ? Devant un problème qui m’enlève le sommeil, suis-je assez humble et confiant pour demander son aide et son conseil ? Est-ce que mes prières m’enseignent à accepter de recueillir le cri ou les larmes silencieuses de mes frères et soeurs qui crient, qui ne comptent probablement que sur moi? Un rabbin disait : « Si tu veux aider quelqu’un à sortir de la boue, ne crois pas pouvoir rester en-dehors et te contenter d'allonger une main pour le secourir. Tu dois descendre plus bas, carrément dans la boue. Alors, tu pourras le prendre avec plus de force et le reconduire au salut, à la lumière, à la vie. » Apprendre à écouter et à prier pour apprendre à aider ce monde affamé et assoiffé; assoiffé de Dieu, et assoiffé de toi, de moi.
Références bibliques: Exode 17, 8 - 13 - Tim 3, 14-4, 2 - Lc 18, 1 - 8 (cf. 29ème dimanche C)
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